Mixité sociale, ethnique & religieuse 

La république assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. L'école publique a, quant à elle, comme priorité de ne pas faire de distinction entre les élèves, que ce soit en fonction de leur sexe, de leur religion ou de leur appartenance ethnique. La mixité sociale, ethnique et religieuse est, donc, la condition même de la mise en œuvre des principes qui instituent l'école française
Les exigences de la laïcité sont nécessaires, indispensables à l'école, comme le confirment les textes : les plus anciens, les fameuses lois de la IIIe République -qui pourtant ne l'introduisent que comme corollaire de l'obligation -, la circulaire de Jean Zay, comme les plus récents, la circulaire de 1989 et surtout, celle de 1994 qui, pour la première fois, fait explicitement de la laïcité " l'un des fondements de l'école publique". Cependant, la laïcité prend à l'école une figure et une force particulières.


La laïcité et la République française


L’école publique relève de l’état républicain et de sa logique, non de la société civile, des intérêts particuliers ou des particularismes (légitimes par ailleurs). La République Française est indivisible et laïque : ce qui unit doit l’emporter sur ce qui divise, la logique civique et nationale doit l’emporter sur les logiques de la société civiles (le « privé » des communautés religieuses, culturelles ou ethniques, des entreprises)


La loi Debré de décembre 1959 est l’une des dimensions essentielles de la laïcité : pour résoudre des écoles privées catholiques, elle a placé le problème dans un cadre national unificateur en énonçant une différenciation nette entre éducation et enseignement. « Si l’éducation peut garder sa diversité traditionnelle, l’enseignement doit contribuer à faire disparaître tout ce qui pourrait diviser la jeunesse française.


La laïcité à l'école aujourd'hui. In : Cahiers pédagogiques. 431, mars 2005.pp. 8-56
La mixité sociale :
Il s’agit du mélange, du brassage des différents groupes sociaux. Le problème de sa mesure se pose : à partir de quel seuil peut-on parler de mixité ou de ségrégation ? Ce qui renvoie aux vrais problèmes liés à cette notion : les inégalités sociales et scolaires, le rapport à l’ethnicité…

Un rapport présenté par Jean Hébrard en Mars 2002 analyse la situation du système éducatif français. Il fait le point sur les ségrégations et inégalités sociales, et propose trois axes de réflexion. Le premier conduit à se demander comment les dispositifs de sectorisation peuvent être améliorés afin de réintroduire de la mixité sociale dans les écoles et les collèges. Le second concerne les moyens dont l’école obligatoire peut se doter pour ne plus considérer l’hétérogénéité sociale comme un handicap dans la recherche de la réussite scolaire de chacun. Le troisième vise à repenser la manière dont l’école construit l’intégration des élèves dans une culture qui, depuis les années 1970, s’est progressivement déscolarisée.
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/024000227/0000.pdf

Les mixités sociales sont au sommaire de la revue Problèmes politiques et sociaux d’octobre 2006. « Difficile de définir la notion de mixité tant elle est floue et polysémique , souligne en avant-propos Christine Lelévrier. Une chose est sûre, il s’agit bien, pour ce qui est de la mixité sociale, du mélange de populations différentes. » Le terme de mixité a d’abord été utilisé à propos des garçons et de filles dans l’Ecole, rappelle la sociologue pour se développer ensuite « dans le registre des politiques urbaines à partir des années 1980 (…) et la dimension territoriale de la mixité s’est affirmée, trois lieux étant à la fois l’objet et l’instrument des politiques publiques. » Au nombre de ces lieux : l’Ecole.


La publication de La documentation Française regroupe une série de points de vue et d’analyses sur la mixité dans l’Ecole :
Un état des lieux est d’abord proposé. Ainsi Agnès Van Zanten explore les relations entre l’Ecole et l’espace local. Pour la sociologue, « l’institution scolaire n’est pas seulement le simple reflet de son environnement ». Les établissements scolaires eux-mêmes mettent en œuvre des stratégies qui contribuent à la concentration des populations. Or, à cet égard, les établissements sont inégalement dotés : à ceux qui sont situés « en haut de l’échelle de réputation en raison de leur excellence scolaire et sociale, réelle ou tenue comme telle par les parents », les options et les filières prestigieuses ; à ceux qui « sont en bas de cette échelle » des pratiques visant à « rassurer les parents par la reprise en main ‘‘musclée’’ des problèmes d’absentéisme, d’indiscipline et de violence … ». Agnès Van Zanten s’intéresse aussi aux stratégies mises en œuvre dans le champ scolaire par les familles populaires. Alors que certaines subissent « une ‘‘captivité’’ résidentielle forcée », d’autres « essayent d’éviter les établissements du quartier et de réussir à faire intégrer à leurs enfants des établissements de meilleure ‘‘qualité’’ scolaire ou sociale ».


La question de la sectorisation et de la carte scolaire est ensuite abordée. Une carte scolaire, dont Georges Felouzis rappelle qu’elle renforce les inégalités - « telle qu’elle existe aujourd’hui, [elle] pénalise les plus démunis en les cantonnant souvent dans des établissements ghettos, et protège les plus riches d’une trop grande mixité sociale et ethnique » - et qu’il conviendrait donc, avancent certains, de redéfinir, d’assouplir, voire de supprimer pour restaurer la mixité sociale à l’Ecole.


« Les mixités sociales », n° 929, octobre 2006.
Les mixités ou pluralités ethniques
Georges Felouzis, professeur de sociologie à l’université de Bordeaux II, a fait une étude dans l’académie de Bordeaux sur la ségrégation ethnique (outre la nationalité, l’apparence extérieure et les modes de vie sont pris en compte).
Le constat :
La ségrégation ethnique est plus forte que la ségrégation scolaire ou sociale. Dans certaines zones urbaines, il faudrait que 80 % des élèves issus de l’immigration changent d’établissement pour que la situation corresponde à une répartition moyenne. Autre observation : 10 % des établissements scolarisent 40 % des élèves originaires d’Afrique noire, du Maghreb et de Turquie. Le fait que l’académie de Bordeaux ne soit pas l’une de celles où l’on trouve le plus d’enfants issus de l’immigration montre en outre la force de ce phénomène. 
Les causes :
D’abord la ségrégation urbaine. Sectorisés, les collèges reflètent en général l’environnement dans lequel ils se trouvent. Deuxième cause : le contournement de la carte scolaire par un certain nombre de parents. 
Les conséquences :
Les élèves étrangers ou issus de l’immigration ont tendance à construire leur identité autour de l’ethnicité. Ils se créent une identité ethnique, d’ailleurs plus ou moins réelle, contradictoire avec la mission de l’école, qui est d’identifier à la nation. Ces enfants sont confrontés à une sorte de paradoxe. D’un côté, on leur dit qu’ils ne doivent pas s’identifier aux communautarismes et, en même temps, ils vivent dans des contextes scolaires et urbains où on les considère comme issus de l’immigration avant de les considérer comme Français. On constate aussi dans ces établissements « ségrégués » que les enfants réussissent moins leurs apprentissages. Pas spécifiquement parce qu’ils sont victimes d’une ségrégation ethnique, mais parce que l’on assiste à un cumul des inégalités. Les plus ségrégués ethniquement le sont aussi socialement et scolairement.
Les solutions :
Avoir un chef d’orchestre qui coordonnerait les différents acteurs des politiques locales d’éducation : le rectorat, l’inspection académique, les collectivités locales... Pratiquer une sorte de discrimination positive sur les établissements les plus ségrégués. C’est un peu la même idée que les ZEP mais en plus ciblé : donner beaucoup de moyens aux établissements qui sont vraiment les plus défavorisés, de manière à les rendre plus attractifs.
Conclusion :
Il y a une ségrégation, les enfants issus de l’immigration sont mis à l’écart. Et c’est un phénomène qui remet en cause les fondements mêmes de notre société.
Rapport de recherche : Felouzis Georges, Liot Françoise, Perroton Joëlle,
École, ville, ségrégation. La polarisation sociale et ethnique des collèges ans l’académie de Bordeaux,
CADIS-LAPSAC, Université de Bordeaux 2, Juin 2002.


Le professeur documentaliste et les mixités


Le professeur documentaliste est par définition ouvert à toutes les cultures. Il est un médiateur, un moteur pour mettre en valeur une culture de tous et pour tous, le respect des opinions, la distanciation, la neutralité…Ces compétences sont à mettre au service d’une réelle politique documentaire dans les EPLE.


Mise à disposition, en fonction du public, de ressources diversifiées (neutralité).

* Veille documentaire constante, vigilance, gestion cohérente tenant compte de la spécificité de l’établissement, du public, des programmes d’enseignement… supports de cours et d’argumentation.


* Politique d’acquisition : couvrir les domaines de la Dewey : 100, 200, 300, 700 , 800, 900… avec :
- des monographies imprimées : textes fondateurs originaux ou adaptés (pour la jeunesse), contes et légendes mythologiques, livres d’art, d’Histoire, cartographies…
- des rapports officiels sur la laïcité publiés par la Documentation française : La Laïcité aujourd’hui : rapport d’étape de la commission nationale consultative des Droits de l’homme, le rapport de Bernard Stasi, celui de Régis Debray, L’Islam dans la république… (pour les enseignants)
- des périodiques (Inter CDI de mars-avril 2004 sur le fait religieux, TDC, BT, le Monde de l’éducation, Télérama, cahiers pédagogiques…
- des documents historiques : Loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905, Concordat de 1802, Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 (article 10), Constitution de la Ve République…
- les textes officiels du MEN : BOEN , RLR…
- des ressources électroniques fiables (CD-ROM encyclopédiques, Internet : Eduscol.education.fr (valeurs républicaines et laïcité), Savoirscdi, les sites institutionnels qui proposent aussi des dossiers pédagogiques en lien avec le MEN elysee.fr, premier-ministre.gouv.fr, senat.fr, service-pblic.fr, legifrance.gouv.fr, assemblée-nat.fr, documentation française (chronologie des événements concernant l’enseignement et la laïcité), sites du réseau Scéren/CRDP (bibliographie sur la laïcité, le fait religieux, les récits fondateurs du CRDP de Créteil), france5.fr en lien avec le MEN, Weblettres, lettres.net, Agora (encyclopédie canadienne en ligne)…


* La recherche documentaire avec les élèves et notamment les étapes de tri, de sélection et d’évaluation lors de la vérification des sources, l’analyse des discours, des points de vue…
Discerner et analyser les discours, les sources c’est mettre en garde contre le prosélytisme, les dérives fondamentalistes, intégristes et sectaires.
Le CDI est un lieu de pluridisciplinarité par son fonds est aussi le lieu privilégié de la transdisciplinarité « le religieux est transversal à plus d’un champ d’études et d’activités humaines » (Régis Debray). C’est aussi un lieu d’échanges : respect de la parole de l’autre, de sa liberté d’expression, de sa culture…

Tags : intégration  ségrégation  racisme 

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